DEVINETTE : quel rapport y a-t-il entre algue rouge, flore intestinale et sushis ? Apparemment aucun, me direz-vous. L’inter-relation entre ces différents éléments justifie pourtant que les Nippons soient aujourd’hui plus aptes à digérer les sushis – ces mets japonais réalisés à partir de poisson cru -, que leurs voisins de table Américains. Ce sont des chercheurs français qui en font le constat, mais c’est au respectable Darwin que l’on doit la résolution de ce curieux rébus scientifique. Explications. L’algue rouge du genre Porphyra contient le porphyran, une molécule d’amidon détruite par une enzyme présente chez bacteroides plebeius, bactérie elle-même présente sur l’algue et dans l’intestin des Japonais. Vous me suivez ? Pour les chercheurs de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris), la chaîne de conséquences est en tout cas limpide : selon eux, les gènes codants pour l’enzyme destructrice de porphyran sont passés des bactéries de l’algue rouge à celles du tractus digestif des Japonais (bacteroides plebeius) conférant à ces derniers une meilleure aptitude à digérer les sushis. Et c’est là que Darwin intervient, car si l’on en croit sa théorie de la sélection des espèces, les exemplaires de la bactérie bacteroides plebeius possédant le gène importé de l’algue ont eu de meilleures chances de coloniser les intestins exposés à un régime alimentaire nippon. Ces bactéries, soumises à la pression sélective, se seraient donc modifiées au cours du temps chez les Japonais gros consommateurs d’algues. Il faut en effet savoir que chacun d’entre eux consomme en moyenne plus de 5 kg d’algues par an, dont celles du genre Porphyra qui prépare leur intestin au délice des sushis. Message reçu ? La prochaine fois que vous commanderez des sushis à votre restaurant japonais préféré, n’oubliez pas les algues !

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